La ferme du crime, de Andrea Maria Schenkel

La ferme du crime est un roman de non-fiction. À l’instar de Truman Capote avec son livre De sang froid,  Andrea M. Schenkel fait tout d’abord découvrir au lecteur les lieux du crime : un endroit isolé, presque lugubre ; la proximité des bois renforçant sûrement cette impression. Puis, à tour de rôle, elle fait parler ceux qui ont connu,  que ce soit de près ou de loin, les Danner : la camarade de classe de la petite Marianne, le mécanicien du coin, les voisins, le curé, l’instituteur, les ouvriers, garçons et filles de ferme. Et tous parlent à la presque étrangère qui les interroge : « Ceux que j’y ai rencontrés ont accepté de me parler du crime. De parler à quelqu’un d’à la fois étranger et familier. Qui ne resterait pas, qui écouterait puis repartirait comme il était venu. » Parce qu’à la campagne, les gens sont ainsi…

Le roman La ferme du crime est basé sur une histoire vraie. Il s’agit à l’origine d’une dramatique affaire qui eut lieu le soir du 31 mars 1922, à 70 kilomètres au nord de Munich, au lieu dit Hinterkaifeck*  (fiche Wikipédia très documentée en Allemand). Les six habitants de la ferme furent sauvagement tués avec une pioche. Il s’agissait de la famille Gruber (les parents, leur fille, et les deux enfants de celle-ci), et de la fille de ferme, Maria Baumgartner, arrivée le jour même, pour son plus grand malheur. Le coupable, s’il était seul, n’a jamais été arrêté.

La véritable ferme de Hinterkaifeck
La ferme d’Hinterkaifeck (photo de l’époque**)

Si Andrea M. Schenkel choisi de conserver la trame d’origine, elle change cependant les noms des lieux, ceux des personnes, et elle imagine un coupable. En outre, elle place l’action au début des années 1950.


C’est une lecture que j’ai bien aimée. Elle n’a pas l’envergure du texte de Truman Capote, De sang froid, mais elle est suffisamment bien écrite, et les personnages, psychologiquement bien construits,  pour qu’on y prenne du plaisir. De plus, au  format poche, ce livre ne fait que 150 pages, c’est donc une lecture rapide.
Après avoir planté le décor, sinistre à souhait, A. Schenkel nous fait découvrir à travers différents témoignages, et à petites touches, qui était la famille Danner. Des gens sans histoires, du moins, en apparences.

Andrea M. Schenkel rend très bien l’atmosphère du monde paysan. Peut importe l’époque d’ailleurs. Car éternellement, ici comme ailleurs, ce sont toujours les mêmes mesquineries, les mêmes envies, les mêmes jalousies, les mêmes turpitudes, et surtout, le même appât du gain, suivi par sa grande copine l’avarice. Il ne faut pas oublier aussi les mariages de convenances. Comme celui de Danner justement, marié par intérêt à une femme plus âgée que lui.

Le père Danner est un sale type. Avare, vantard, stupide, c’est probablement par sa faute que toute sa famille a été assassinée. N’embauchant que des saisonniers, parce qu’ils coûtent moins cher, il est très possible que ce soit l’un d’entre eux qui, irrésistiblement attiré par l’idée d’un pactole, soit revenu faire le coup – c’est l’hypothèse que choisi Andrea Schenkel. Pourquoi pas ? L’homme se vantait à qui voulait bien l’écouter d’être nanti. Il en parlait dans son entourage, mais aussi à ces mêmes saisonniers…

Mais il n’y a pas que le poison de l’argent à ronger les relations de cette famille. Il y a aussi le sexe, avec le spectre de l’inceste en toile de fond. Car nombre de personnes s’interrogent pour savoir qui est le père du petit Josef, le dernier né de Barbara, la fille Danner. Un homme du village voisin « un imbécile », Geor Hauer, a été inscrit comme étant le père de l’enfant sur le registre des baptêmes. Personne ne veut colporter de commérages parce que ça ne se fait pas et que c’est mal, mais… tout tout le monde pense que le père Danner lui-même est le géniteur. Le doute planait en 1920, Andrea Schenkel le laisse planer encore aujourd’hui…

©Clovis Tessier


Pitch de l’éditeur

la ferme du crime 04Toute une famille fut assassinée en 1920 dans un hameau en Bavière. Andrea Maria Schenkel, combinant plusieurs témoignages, reprend cette sinistre histoire pour la placer dans les années 1950. Vaches qui s’agitent à l’étable, vent qui balaie les flocons, coins sombres derrière les granges, brouillard pesant… Tous les ingrédients de l’inquiétude sont là, dans une région catholique trèsla ferme du crime 02 dévote, sur fond d’Allemagne imprégnée de désastre. La ferme de Tannöd représente un gros capital, convoité par beaucoup. Un soir, c’est le massacre. Plusieurs personnes pouvaient avoir envie de tuer ou des proches de se venger. Hanté par les voix des témoins – instituteur, curé, voisin… – le lecteur referme le livre avec un coupable quasi certain, mais le malaise perdure, parce que là-haut, à Tannöd, les rancœurs sont vives, les relations entre les individus basées sur la haine et le désir.


Ressources documentaires

Fiche wikipédia sur le lieu du crime et les victimes : Hinterkaifeck (en Français)

Site Mordfall Hinterkaifeck Photos de l’enquête et commentaires en Allemand.

*Hinterkaifeck n’a jamais été un nom de lieu officiel. Le nom était utilisé pour la ferme isolée du hameau de Kaifeck, situé à environ 1 kilomètre (0.62 mi) au nord de la partie principale de Kaifeck et caché dans les bois (le préfixe Hinter, une partie de nombreux noms de lieux allemands, signifie derrière), partie de la ville de Wangen, qui a été incorporée à Waidhofen en 1971.

** Les photographies présentées ici sont la propriété des Archives de l’État de Munich. L’approbation pour la publication locale est sous la signature d’archives PolDir 8091B.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

WordPress.com.

Retour en haut ↑