Hollywood Babylone, de Kenneth Anger

Tombé par hasard sur ce titre lors de mes recherches documentaires sur le Dahlia noir, je me suis empressé d’en noter les références. Non que je pensais m’en servir comme matériel de travail, mais simplement parce que – sans être un véritable cinéphile –, j’aime le cinéma depuis toujours,  et que j’envisageais sur le moment la lecture d’Hollywood Babylon, de Kenneth Anger, comme une visite des coulisses de l’univers hollywoodien. Une récréation…

…et aussi un voyage dans le temps : d’abord dans les salles obscures, quand les séances étaient encore permanentes, et qu’avant le film, le chaland avait droit en première partie à un documentaire du genre et simplement intitulé : Clovis Trouille. J’avais une petite douzaine d’années,  on était en 1965, et j’écumais en solitaire les salles de cinéma de Nice ; puis un peu plus tard à la télévision, avec des émissions comme : Le Ciné-Club, de Claude-Jean Philippe.  Souvenirs, souvenirs…

Kenneth Anger commence sont livre avec un exemple qui symbolise à lui seul toute la démesure et l’excès hollywoodien – dès son origine. Nous sommes en 1916, et il évoque pour ses lecteurs le décor du film Intolerance : Love’s Struggle Throughout the Ages du célèbre réalisateur de l’époque D. W. Griffith.

DES ÉLÉPHANTS BLANCS – le Dieu de Hollywood voulait des éléphants blancs, et c’est ce qu’il a eu – huit mastodontes en plâtre perchés sur des piédestaux en forme de champignon géant, regardant de haut la cour colossale de Balthazar, Babylone de carton-pâte construite aux abords de la poussiéreuse piste pour Ford T connue sous le nom de Sunset Boulevard.

Frappé de gigantisme… le film sera un immense flop, et marquera le début de la fin de David Wark Griffith, le réalisateur aux presque 500 films. L’homme mourra en 1948 dans une quasi indigence.

intolerance D.W. Griffith

Arrive ensuite une brève histoire d’Hollywood :

Hollywood, la colonie du cinéma, avait été créée par un petit groupe de commerçants juifs de la côte Est qui croyaient en l’avenir du Nickelodeon, attirés vers l’Ouest par la promesse légendaire d’une Californie du Sud ensoleillée trois cent cinquante-cinq jours par an et offrant des terrains à bas prix. Le paisible petit avant-poste de Los Angeles parmi les orangeraies où ils s’étaient installés vit bientôt pousser des scènes bricolées en plein air, pièges à soleil pour leurs lentes pellicules orthochromatiques. En quelques années de primitifs et rentables courts-métrages produits à tour de bras au moyen de caméras piratées – l’œil toujours ouvert sur la possible vindicte des huissiers d’Edison – les ex-marchands de chiffons avaient fait d’une aventure risquée une véritable mine d’or du Celluloïd.

On notera au passage que le piratage était déjà d’actualité…

La ville des mirages

Ensuite, dans Hollywood Babylone, vous croiserez : Marion Davies, Rudolph Valentino, Jean Harlow, Erich von Stroheim, Joan Crawford, Mae West, Thelma Todd, Errol Flynn, Clark Gable, Dorothy Dandridge, Maureen O’Hara, Lana Turner, Charlie Chaplin, Gloria Swanson, Lauren Bacall, Humprey Bogart, et encore beaucoup d’autres, jusqu’ la la fin des années 60. Le « tout-Hollywood » est là, entrevu ou en vedette. De beaux portraits illustrent le livre.

Des femmes et des hommes que nous avons tous vus sur grand ou petit écran, dans des films en noir et blanc, la plupart du temps. Des êtres entraperçus par le filtre du rêve hollywoodien, mais qui bien souvent étaient des personnes infiniment solitaires dans leurs vies barbouillées d’or et de strass, mais désespérément vides de chaleur humaine. Des vies où l’envers du décor était souvent glauque et désespéré, et au cours desquelles le suicide, la drogue et l’alcoolisme faisaient des ravages.

La drogue fait partie du paysage hollywoodien dès le début de son histoire :

Les années 1910 furent l’époque bénie de Hollywood. Un nouvel art prenait forme de jour en jour ; la Septième Muse se faisait belle à mesure, s’enrichissait, s’amusait. Et si les nouveaux riches du cinéma ressentaient la fatigue des cadences insensées auxquelles ils étaient soumis, ils pouvaient toujours compter sur la « poudre de joie », comme on surnommait la cocaïne en ces temps d’insouciance, pour leur garantir un petit coup de fouet. Un style « poudre de joie » de comédies surexcitées émergea d’ailleurs rapidement – le meilleur exemple en fut The Mystery of the Leaping Fish [Le Mystère du poisson volant], comédie « poudrée » des productions Triangle-Keystone avec Douglas Fairbanks dans la peau d’un détective défoncé jusqu’à la moelle, le détective « Coke Ennyday ». En 1916, la « came » pouvait faire l’objet d’une comédie. L’année de The Mystery of the Leaping Fish, l’expert ès drogue anglais Aleister Crowley, de passage à Hollywood, qualifia les autochtones de « faune du cinéma composée de détraqués sexuels ivres de cocaïne ». Quelle époque.

Au commencement, était Hollywoodland

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Hollywoodland Until the late 1940’s the sign read “Hollywoodland”

Les lettres de Hollywood ont été restaurées, seulement les neuf premières – HOLLYWOOD. Les poteaux ont été renforcés, la tôle repeinte. Par hasard ou par dessein, les quatre lettres restantes (LAND) ont été jetées ou sont tombées en poussière. La treizième lettre, le D final, n’est plus là pour tenter une nouvelle Peg Entwistle. Les nouvelles générations du lycée de Hollywood ne savent même pas que le monolithe du mont Lee épela un jour plus que le nom de la ville noyée dans la pollution qui s’étend en contrebas : une ville teeellement Miami Beach. KIIIIITSCH.

Le monde trouble hollywoodien n’a pas fini de fasciner ni d’intriguer les curieux, les cinéphiles, et les décortiqueurs de légendes pailletées.

©Clovis Tessier


Pitch de l’éditeur

L’âge d’or de Hollywood possède aussi sa légende noire, sur laquelle personne n’a écrithollywood babylon 03 avec autant de brio que Kenneth Anger. Addictions, viols, meurtres, manipulations en tous genres, procès… aucune des grandes stars du cinéma n’a échappé au scandale : Chaplin et ses nymphes, Lana Turner et son amant poignardé, Marlène bisexuelle, Erich von Stroheim et ses orgies démentielles… Kenneth Anger raconte chacune de ces histoires, avec un mélange d’amour, d’humour et de cruauté, qui annonce – en même temps qu’il dénonce – la presse de caniveau et les phénomènes contemporains du « people » et du « trash ».

Petit-fils d’une costumière de Hollywood, lui-même enfant-acteur, Kenneth Anger est l’auteur de films dont l’originalité radicale a influencé des cinéastes comme Lynch, Scorsese ou Fassbinder. Aux marges du cinéma, ou pendant les sixties aux côtés des Rolling Stones, il a contribué à définir l’esthétique la plus sulfureuse de la deuxième moitié du 20e siècle.

C’est à Paris que Kenneth Anger avait conçu et fait paraître – en 1959 chez Pauvert – une version embryonnaire de Hollywood Babylone, son unique livre, publié intégralement aujourd’hui pour la première fois en français.

Éditions Tristram – 320 pages – ISBN 978-2367190112 – Trad. Gwilym Tonnerre – 12,95 €

hollywood babylon 04


L’instant musical^^

America Holiday

Hollywood 2:52


Ressources documentaires

Hollywood :  Les origines  (cinemaclassique.free.fr) – Un site sur le cinéma classique bien fait, avec des tas d’informations ; à voir !

Document INA Clovis Trouille (Hors sujet, mais c’est un peintre que j’aime beaucoup, et je trouve son œuvre saisissante.)

Génériques de l’émission Le Ciné-Club ou Le Ciné-Club créée par Claude-Jean Philippe et Patrick Brion  – L’illustration musicale est : Amour et printemps, d’Émile Waldteufel (une autre version) (souvenirs, souvenirs…)

Hollywood High : La vie secrète des célébrités toxicomanes. (Reportage)

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11 commentaires sur “Hollywood Babylone, de Kenneth Anger

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