Mirror, de Karl Olsberg

Fans de la série Black Mirror ? Oui ? Alors Mirror, le thriller cyber-technologique de Karl Olsberg est pour vous. C’est simple, le livre est construit comme un épisode de la série.

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On entre toute de suite dans le sujet, l’auteur nous présente rapidement ses personnages, et là, pas de surprise, Olsberg fait dans le classique : la journaliste curieuse, le hacker surdoué, le petit couple d’amoureux, le voyou qui a oublié d’en être véritablement un, le créateur du Mirror, le pote du créateur, les lobbyistes, la grosse société qui va « bouffer » le monde, puissante au point qu’on pourrait adjoindre la première lettre de son nom à l’acronyme des GAFA sans que cela fasse tache, et le Mirror. Un truc tellement génial que tout le monde tombe à genoux devant.

Le Mirror étant une sorte de tablette améliorée pourvue d’accessoires qui fait entrer son possesseur dans une réalité augmentée au sein d’un réseau social 2.0. : Le MirrorWorld, via le MirrorNet. L’usager se trouvant alors projeté dans monde virtuel qui confine au réel sans tous ses désavantages. Un univers par exemple, où si l’envie vous prend de voler cela devient possible. L’objet est tellement addictif, que dès sa mise en circulation c’est l’explosion commerciale.

Quand le lecteur a compris qui est exactement Karl Olsberg, alors il commence à avoir froid dans le dos. Titulaire d’un doctorat sur les applications de l’intelligence artificielle, le bonhomme sait de quoi il parle, et surtout, il sait comment en parler pour que tout le monde comprenne exactement de quoi il retourne. Dans un langage simple – attention : pas simpliste ! – il déroule pour ses lecteurs une réalité qui est déjà là, sous leurs yeux, mais à peine décryptée. L’intérêt de cette histoire ne réside pas à vrai dire dans le « Mirror », présenté  comme un objet qui prend le statut de familier avec le temps, mais ce dans quoi il fait pénétrer l’humain. Car sous-jacente dans cette histoire vivement menée, il y a la question extrêmement grave du développement de l’Intelligence Artificielle. De ses conséquences, de son devenir, et donc celui de l’Homme.

L’épilogue de Karl Olsberg en dit long sur ce qu’il pense de cet avenir, et de quelle manière il l’envisage. C’est sombre. Mais l’homme est charitable, alors pour requinquer son lecteur,  il termine son livre sur quelques paroles optimistes. Merci à lui.

©Clovis Tessier


Extrait #1

L’appareil était plus lourd que son smartphone, mais beaucoup plus performant. Andy connaissait les données techniques par cœur : mille vingt-quatre processeurs RISC qui exécutaient sept billions d’opérations de calcul par seconde – autant que l’ordinateur le plus rapide du monde de l’année 2000. Un téraoctet de mémoire interne. Des connexions Internet ultrarapides avec un transfert de données qui pouvait atteindre les 256 mégaoctets par seconde, à condition d’utiliser un câble Ethernet – sur le réseau mobile local, le Mirror, même dans les conditions optimales, aurait atteint au maximum 32 mégaoctets. Tout compte fait, il s’agissait, et de loin, de l’ordinateur le plus performant jamais intégré à un terminal destiné à une utilisation commerciale.

Mais ce qu’il y avait de plus impressionnant dans le Mirror, c’était son architecture interne : les processeurs, la structure de la mémoire et le logiciel intégré avaient été optimisés de façon à représenter un réseau neuronal artificiel composé de plusieurs centaines de millions de neurones, comparable au cerveau d’un oiseau.

Extrait #2

Andy posa délicatement le MirrorBrain, c’était l’appellation officielle de l’unité centrale du Mirror, sortit les autres accessoires de la boîte et retira soigneusement leur emballage en plastique : le chargeur MirrorCharge, le bracelet MirrorSense et l’oreillette MirrorClip, tous les deux connectés sans fil, via Bluetooth, avec l’unité centrale. Il essaya le bracelet à son poignet droit. C’était chic : noir, avec des LED qui luisaient faiblement et signalaient « no connection » en lettres rouges. L’intérieur du bracelet était élastique, si bien qu’il glissait facilement sur le poignet. C’était également là que se trouvaient les capteurs de pouls, de résistance électrique de la peau et de température.

Extrait #3

 

« Dis ton nom s’il te plaît.

– Andy Willert. »

Une barre de progression apparut et se remplit lentement.

« Andy Willert, fit le haut-parleur. Je suis content de faire ta connaissance. Je suis ton Mirror. » La voix était différente à présent, elle paraissait étrangement familière et pourtant inconnue – presque comme sa propre voix quand il s’entendait parler dans une vidéo.

« Maintenant, prends-toi en photo s’il te plaît. »

Sur l’écran apparut l’image d’une caméra frontale. Andy tourna l’appareil de façon à ce que son visage y apparaisse et appuya sur le déclencheur.

L’image disparut et une nouvelle barre de progression se remplit.

Et soudain Andy se vit sur l’écran. Mais ce n’était pas la photo de la caméra frontale mais une image animée en trois dimensions qui lui ressemblait de façon étonnante : ses cheveux blonds frisés, ses lunettes noires, son nez mince, même sa tache de naissance au menton.

« Salut Andy, dit le visage. Je suis sûr que nous allons devenir de bons amis. Après tout, tu le sais bien : ton meilleur ami, c’est toi-même. »


Le Mirror, de Karl Olsen fait écho à l’excellent Le cercle, de Dave Egger. Avec leurs fictions, et au-delà du simple divertissement, ces deux auteurs s’efforcent de faire passer un message. De mettre en garde. Cela pourrait être quelque chose du genre : « Êtes-vous bien sûr de savoir où vous êtes en train de mettre les pieds ? » Eux-mêmes interpellés par les propos du physicien Stephen Hawking qui, dans une déclaration récente, tente d’attirer l’attention du genre humain sur les réels dangers de l’A.I.

L’histoire du Mirror introduit aussi une autre question importante : Les réseaux sociaux sont-ils si « sociaux » que cela ?

À noter : Mirror est une reprise du thème et la réécriture du livre  Das System, paru en 2005 chez le même éditeur, dans la même collection. En effet, entre 2005 et 2016, l’évolution des technologies ayant fortement progressé, Karl Olsberg a jugé qu’une réactualisation de sa fiction s’imposait.

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©Mike Campau – Instagram

Quatrième de couverture

« Ton Mirror te connaît mieux que toi-même. Il fait tout pour te rendre heureux. Que tu le veuilles ou non ! »
Dernier-né de la technologie des objets connectés, le Mirror sait constamment ce que l’on veut, ce que l’on ressent, ce dont on a besoin. Il règle avec subtilité le comportement de son propriétaire et fait en sorte que ce dernier devienne la meilleure version de lui-

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Visuel de l’édition allemande

même. Mais Freya Harmsen, une journaliste, découvre que ce nouvel appareillage high-tech peut prendre des décisions pour le moins étranges, voire dangereuses pour son double humain… Puis elle apprend que le Mirror d’un jeune autiste s’immisce dans sa vie au point de choisir à sa place la fiancée idéale. Avec l’aide de son petit ami, un hacker surdoué, Freya décide d’enquêter et se heurte très vite à un déni généralisé d’une violence inouïe. Entre-temps, l’appareil est devenu un formidable succès mondial…
Thriller cyber-technologique, Mirror est une dystopie sur l’hyper-connexion, sur ce qui pourrait advenir de l’homme si la machine prenait les rênes de nos existences.

Éditions Actes Sud – Collection Jacqueline Chambon Noir – 352 pages – ISBN
978-2-330-08669-5 – 22, 80€


L’auteur

Karl OlsbergKarl Olsberg  est né en 1960. Après un doctorat sur les applications de l’intelligence artificielle, il a dirigé une chaîne de télévision puis une agence multimédia. En 1999, il a fondé une société de logiciels qui a obtenu l’eConomy Award de la meilleure start-up 2000. Aujourd’hui, il travaille comme consultant et se consacre à la littérature. Il vit à Hambourg avec sa famille. Son premier thriller traduit en français, Das System (Jacqueline Chambon, 2009), a rencontré un franc succès auprès du public.


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©Mike Campau – Facebook

Ressources documentaires

Futura-Tech Réalité virtuelle et réalité augmentée, quelle différence ?

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©Mike Campau – Tweeter
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8 commentaires sur “Mirror, de Karl Olsberg

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  1. Un p’tit bisou parce que ça fait longtemps très chère dévoreuse de livres ! J’en ai un qui m’attend, il s’intitule  » Mémé « . Il a l’air bien sympa.

    Grandes bisettes à toi ! Je t’envoie plein d’arc en ciel pour illuminer cette journée grise. Bouh ! 🌈🌈🌈🌈🌈🌈

    J'aime

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